Retraite de Carême 2026 : témoignage d’un étudiant

En ce saint temps de Carême où l’Église nous appelle à la conversion du cœur et au partage fraternel, plusieurs étudiants de la FSESP et d’autres Notre-Damois ont participé à la retraite spirituelle organisée par l’UDERS de Port-au-Prince, du vendredi 20 au dimanche 22 mars, sous le thème : Marchons avec Jésus, notre vie, et notre paix.

De l’appréhension à l’émerveillement

Participer à cette retraite de Carême  a été pour moi, et pour beaucoup de mes camarades, une expérience transformatrice qui a dépassé toutes mes attentes initiales. Le voyage vers la maison des Sœurs de la Charité de Saint-Hyacinthe à Pétion-Ville a commencé, pour moi, avec un mélange de curiosité et une certaine dose d’inquiétude. Je dois avouer qu’en arrivant, mes premières appréhensions étaient matérielles, notamment face à la simplicité de l’hébergement. Cependant, ces doutes ont été immédiatement balayés par l’accueil exceptionnel de la sœur Marie Viola. Sa bienveillance et ses efforts pour garantir notre confort nous ont fait sentir chez nous dès les premiers instants. Elle a pris le temps de nous parler, de répondre à la moindre de nos demandes et de s’assurer que, malgré la simplicité des lieux, nous ne manquions de rien. Sa présence bienveillante a transformé une simple chambre en un refuge accueillant. On sentait que chaque détail avait été pensé pour nous mettre à l’aise.

Cette chaleur humaine s’est aussi manifestée autour de la table : je m’attendais à des repas très légers, presque symboliques. Quelle ne fut pas ma surprise ! Pour une Haïtienne comme moi, qui apprécie la générosité et les saveurs de notre terroir, ce fut un véritable festin. Les repas étaient non seulement copieux, mais surtout délicieux. Ce fut la première preuve de la générosité des organisateurs. Mes snacks sont restés bien sagement au fond de mon sac ; je n’en ai pas touché un seul durant le séjour.

La soirée s’est prolongée dans une ambiance de complicité inattendue avec les autres filles de l’université. Entre les blagues, les partages d’anecdotes et les rires qui résonnaient dans le dortoir, nous avons fini par nous coucher bien plus tard que prévu. Cette première nuit, bien que courte, a posé les bases de ce qui allait suivre.

Un moment entièrement dédié à la prière et à la réflexion

Le deuxième jour a commencé par un défi de taille : le réveil à 6h. Ce lever aux aurores a d’abord semblé être un véritable enfer pour nous. Mes camarades et moi, encore embrumées par le sommeil, avons dû puiser dans nos dernières réserves de volonté pour nous préparer. Pourtant, la messe de 7 h a été le point fort de mon séjour. Dès l’entrée à la chapelle, l’atmosphère de recueillement a permis de libérer des tristesses que je gardais refoulées depuis longtemps. Ce sentiment de légèreté et ce « poids retiré du cœur » après la célébration ont été partagés par de nombreux autres étudiants, ce qui prouve à quel point prier ensemble nous fait du bien.

Les conférences du Révérend Père Marc Henry Siméon ont été d’une grande richesse. Le thème « Marchons avec Jésus, notre vie et notre paix » a été exploré en allant au fond des choses. Il nous a rappelé une vérité frappante : chaque pas est un acte de foi. J’ai été particulièrement marquée par sa définition de la marche : « une suite de chutes évitées ». Pour nous, jeunes universitaires haïtiens, cette métaphore n’était pas une simple figure de style ; c’était la description exacte de nos vies. Dans un pays où chaque jour est un défi, où l’incertitude semble faire partie de notre quotidien, nous avons souvent l’impression que le sol se dérobe sous nos pas.

La marche n’est pas un glissement fluide et parfait, c’est un déséquilibre constant que l’on rattrape par la foi. Pour la jeunesse que nous sommes, souvent tentée par le découragement, ce message a été un rappel essentiel : tant que nous sommes en mouvement avec Jésus, aucune « chute » n’est une fin en soi, mais une occasion de se redresser plus fort.

L’enseignement s’est ensuite approfondi en touchant les bases mêmes de notre existence : la paix et la joie. La quête de la paix, telle qu’elle nous a été présentée, n’était pas seulement une absence de conflit, mais une harmonie totale. Nous avons exploré la paix du corps, qui accepte ses limites ; la paix du cœur, qui guérit de ses blessures ; et la paix de l’esprit, qui s’apaise enfin face aux incertitudes de l’avenir. Pour nous, étudiants souvent submergés par le stress des examens et les tensions du quotidien, comprendre que cette triple paix est un don de Dieu a été une prise de conscience. Mais le moment le plus percutant de cette réflexion fut sans doute l’appel à la vraie joie. Le Père Siméon nous a rappelé que le bonheur ne réside pas dans les « petits plaisirs » de ce monde. Ces satisfactions immédiates et éphémères qui nous enchaînent à nos désirs, à l’image superficielle ou aux vices ne sont souvent que des mirages. Ils nous donnent l’illusion du bonheur, mais nous laissent le cœur vide et dépendant. À l’opposé, nous avons été invités à cultiver la joie qui vient de Dieu. Une joie qui ne dépend pas des circonstances extérieures, mais qui prend racine dans la certitude d’être aimés. C’était un enseignement d’une beauté rare, presque nécessaire pour notre survie morale dans le contexte actuel.

Au-delà de la prière, ce séjour a été une formidable leçon d’esprit d’équipe et de solidarité. Qu’il s’agisse de s’organiser ensemble pour respecter les horaires ou de partager ces petits objets du quotidien que certains avaient oubliés, nous avons redécouvert le plaisir de l’entraide. Cette retraite nous a appris à fonctionner comme une famille, où chaque détail devient une occasion de partage. Finalement, cette retraite a été un moment de pur bonheur, de partage et d’enseignement que je recommande vivement à tout étudiant en quête de sens.

Je tiens à remercier chaleureusement le Révérend Père Birbek Plaisil et le Révérend Père Marc Henry Siméon, ainsi que toutes les sœurs et les intervenants qui nous ont accompagnés avec tant de dévouement. Un immense merci également à tout le personnel de l’ombre, dont la générosité silencieuse a permis que ce week-end soit parfait dans les moindres détails. Je suis repartie l’esprit léger, le cœur en joie et, il faut le dire, le ventre bien rempli ! La seule ombre au tableau restera cette pointe de nostalgie que ce moment de grâce ait dû se terminer. Mais je repars avec la certitude que cette marche avec Jésus ne fait que commencer.

Marie Christie Innocent

Etudiante de la FSESP

Retour en haut